Le film impose d’emblée une atmosphère viscérale. La mise en scène, nerveuse, sensorielle, fait écho à celle de Requiem for a Dream : montage syncopé, obsession du corps, seringues, contrôle maladif. Le rapprochement n’a rien d’anodin, même si c’est Coralie Fargeat aux commandes et pas Aronofsky : les deux films parlent d’aliénation, de dépendance, de perte de soi.

Demi Moore est absolument incroyable. Elle livre une performance saisissante, entre vulnérabilité et rage, totalement habitée par ce rôle d’icône brisée, dévorée par le regard des autres. Difficile de ne pas y voir un écho à sa propre carrière.

Là où le film m’a fait tiquer, c’est sur son postulat de départ. Accepter de créer une version plus jeune de soi qui vit sa propre existence, sans que l’originale la partage vraiment, ça ne tient pas à mes yeux. Cette idée de vie par procuration sonne bancale. Impossible de ne rien ressentir d’autre qu’une mise à l’écart quand ce double incarne tout ce qu’on a perdu, et c’est sans doute le but, mais la mécanique m’a laissé sur le bord. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à avoir buté là-dessus.

Sur le plan thématique, en revanche, c’est solide : pression sociale, regard patriarcal, jeunisme obsessionnel, tout est mis en lumière, parfois avec une brutalité nécessaire.

Pour moi, un film très fort par moments, inégal à d’autres, mais qui marque durablement par son style et l’audace de son propos. Je comprends parfaitement l’impact qu’il a eu à sa sortie.