Je suis parti voir ce film comme un film de Jan Kounen. Je ne connaissais ni l’œuvre originale de Matheson, ni sa première adaptation, que je découvrirai avec plaisir après celui-ci.
Ce point de vue, je crois, m’a permis d’excuser cette voix off qui a déplu à pas mal de monde. Moi aussi je l’ai trouvée inutile, mais pas totalement. Dans la première partie, on suit Dujardin dans sa vie de famille. Paul est un homme de sa génération, dans une vie douillette, et l’entendre penser à voix haute ne me dérange pas tant que ça. C’est plan-plan, c’est du post Facebook semi-philosophique, soit. C’est balourd, mais ça peut coller au personnage. Et on sait que Kounen entretient un rapport particulier à la place de l’individu depuis ses expériences avec les Indiens Shipibo.
Passé ça, la première moitié est plutôt good vibes. Le rétrécissement est attendu, et le passage de la taille normale à minuscule arrive peut-être un poil vite. Sûrement l’envie de jouer au plus tôt avec ce monde qui a tant fait rêver.
On glisse d’un monde où l’on a le contrôle à un monde où tout nous échappe, où tout devient survie. Koh-Lanta peut aller se rhabiller. Et ce n’est pas un simple Chérie, j’ai rétréci le père de famille, parce que le film parle d’autre chose. De la perte de contrôle, face à quelque chose d’implacable. De la perte de pouvoir : la figure autoritaire devenue poupée pour sa fille, le prédateur d’insectes devenu proie. De la disparition, soufflée d’abord par l’agent immobilier, puis aux yeux de sa femme qui lui tend une dernière fois la main, puis aux yeux de tous. Du deuil, incarné par cette fille qui fuit, et qu’on retrouve seule à regarder le ciel à la fin. De la solitude et de la folie qui rôde, quand parler à un soldat de plomb devenu garde du corps ou percer un carton à l’aiguille devient une épreuve physique. De la quête de liberté, enfin : partir ailleurs plutôt que mourir dans un décor familier devenu hostile. On sait pourtant que ce ne sera pas mieux ailleurs. Mais quand on perd tout espoir, tout ce qu’on a bâti, que reste-t-il, sinon un idéal inatteignable ?
Parlons du film en tant que tel. Il fait le job : le rétrécissement, bien que rapide, fonctionne. Les effets, à part un ou deux qui m’ont fait tiquer par leur dissonance, sont réussis. On sent que Kounen a voulu s’amuser, mais s’amuser avec soin. Pour de la SF française, avec un budget pas si énorme toutes proportions gardées, c’est rafraîchissant.
La poursuite du chat est un élément clé, et elle fonctionne parfaitement : elle scinde le film en deux, l’accès au haut et la prison du bas. J’aurais peut-être aimé plus d’insectes. Fourmis et araignée, c’est du déjà-vu, mais efficace, donc on pardonne. J’aurais adoré voir un cloporte se mettre en boule à la vue du protagoniste. Ou un mille-pattes. Un scolopendre. Bref, je m’égare.
Le travail des textures dans ce monde miniature est assez incroyable, énormément de soin a été mis à ce niveau. Et l’acting de Dujardin est impeccable dans ce registre introspectif.
Sur la voix off, je pense que la deuxième partie aurait gagné à s’en passer totalement. Rendre le film semi-muet lui aurait offert une tessiture bien plus puissante.
Cela faisait très longtemps que je n’avais pas vu de film de Kounen. Je suis heureux d’avoir découvert celui-ci en faisant fi des critiques lues avant.