Certes, voir Kylo Ren figer un tir de blaster dans les premières minutes du 7 était une iconisation forte, et tuer Han Solo pour ouvrir une nouvelle ère était un bon move. Mais c’était tout ce que j’espérais : un tremplin.

C’est exactement ce que le Huit a fait, je trouve avec brio, respect et audace. Rian Johnson maîtrise son sujet, sait où il va et où il veut faire avancer l’œuvre. Le film pose trois piliers narratifs qui fonctionnent ensemble : l’héritage de Luke, la chute de Kylo, et l’agonie de la Rébellion.

LUKE : DE LÉGENDE À SACRIFICE

Dès le départ, j’ai été OK avec le fait qu’il rejette son sabre. Après tout, on ne s’exile pas aussi loin en ermite pour reprendre le combat directement.

Au début de son arc, Luke rejette la RELIGION Jedi, il abandonne le dogme. Dogme dont il protège encore certaines reliques pourtant. Se sentant, de par le poids de sa vie, responsable de ce qu’est devenu l’Ordre Jedi : un échec.

De légende à bon à rien, dans sa tête, dans son spectre, c’est ainsi qu’il se voit. Alors que sa légende est toujours racontée tout autour de la galaxie. Après tout, pourquoi un héros, Skywalker, ne pourrait-il pas être dans le déni de son importance ? Je trouve le sujet important et plus pertinent qu’un Luke qui attendrait Rey de pied ferme et partirait au combat sans sourciller. Ça donne du corps à un héros qui aurait pu devenir trop lisse.

Je ne vais pas m’étendre sur la formation de Rey, qui est tout aussi rapide que celle qu’il a eue auprès de Yoda. Passons.

Par contre, je vais m’attarder sur sa mort. Le personnage a eu le respect qu’il mérite, mais genre vraiment !

On parle du Jedi le plus puissant de la galaxie, qui arrive de façon iconique sur la planète Crait pour affronter un Kylo qui perd la boule et est prêt à devenir un Empereur complètement fêlé. Un duel d’une beauté. Et d’un symbolisme fort.

Oui, il n’était pas là ! Il était sûrement à des années-lumière de la planète, il a projeté son image pour cet affrontement. Ce pouvoir existe dans l’univers étendu, et c’est un des détails parmi plein qui me fait dire que Rian a lu des bouquins de l’univers étendu.

Forcément, projeter son être aussi loin doit cramer un paquet de Force, puisque celle-ci se trouve entre chaque molécule de l’univers, la distance doit pomper de la ressource.

Mais il ne le fait pas pour rien. Il le fait pour gagner du temps bien sûr, mais surtout pour donner la chance à la Rébellion de renaître, comme il le dit lui-même. Devenir plus que la légende qu’il n’a été jusqu’alors.

Il sera parti un peu comme Maître Yoda, qui n’avait plus la force de tenir. Lui a cramé son énergie vitale pour le bien de tous, et finir en paix devant deux soleils comme sur sa planète d’origine. En regardant tout le parcours qu’il a fait depuis la ferme de Tatooine, la légende mérite de rejoindre son maître.

KYLO & L’EMPIRE : BRISER SES CHAÎNES

De l’autre côté, on a l’Empire : Hux, Snoke, Kylo.

Hux, le roquet comme l’appellera Snoke, est l’idiot un peu cinglé utile pour exécuter, et il sera joué à merveille.

Kylo, antagoniste complexe, et qui à mon sens est une bonne chose dans cet univers. Depuis qu’il a tué Han, il est censé être fragilisé. Selon moi, cette « fragilisation » sera la pierre qui va le plonger, quoi qu’il arrive, toujours plus profondément dans le côté obscur. Il n’y a pas de rédemption possible, et même quand il hésite à tuer Leia, cela n’y changera rien. Vador a eu lui aussi ses moments d’hésitation. Sauf que dans le cas de Kylo, vouant un culte à Vador, il est lui-même humilié par son mentor, et cette humiliation sera la clé de voûte pour reprendre le contrôle de sa vie et ne plus avoir de limite.

Snoke, introduit dans le 7 où tout le monde attend le Palpatine bis, sauf que… Plus de Vador, plus de Palpatine (va te faire foutre le 9), règle des deux brisée…

Avant l’explication débile du 9, pour moi il s’agissait d’un être sensible à la Force, qui a cherché la connaissance et a formé un apprenti pour reprendre la tradition Sith. De ce fait, bien que très puissant, il paraît imbu de lui-même, et perdra la vie par péché d’orgueil. Croyant lire dans la tête de Kylo qu’au moment où Rey se trouve devant lui, celui-ci la tuerait, alors qu’au final, il se libérera de ses chaînes, comme le veut le code Sith et la règle des deux.

C’est d’ailleurs à ce moment même, direct après la mort de son maître, que Kylo propose pour de bon à Rey de le rejoindre pour former un nouveau duo de Sith.

À ce moment-là, Kylo, fragile psychologiquement (normal pour quelqu’un du côté obscur), va se soigner en voulant régner comme ses prédécesseurs sur la galaxie et instaurer l’ordre !

Une fois Snoke tué, il n’aura plus de raisonnement, voulant anéantir tout le monde une bonne fois pour toutes. Et ce qui aurait pu amener par la suite un Kylo d’une folie incroyable. Il a tout perdu : son père, Snoke, Luke, Rey… Qu’est-ce qui aurait pu le freiner après ça ?

Pour un Sith, c’est un cocktail explosif pour devenir surpuissant et extrême.

LA RÉBELLION : VICTOIRES PYRRHIQUES

Pendant tout ce temps, la Rébellion agonise.

On commence avec une Rébellion pas en bon état mais qui lutte avec conviction. La mission suicide du bombardier met dans l’ambiance : on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, et ça tombe bien, on a un paquet familial de 32 sous la main…

Suite à cette mission suicide réussie, la Rébellion est affaiblie, et à chaque « réussite » elle le sera encore davantage, jusqu’à être réduite à une poignée de soldats répartis dans quelques navettes de sauvetage.

Ça, c’est le chemin de la Rébellion dans ce film : on fait avec ce qu’on a, et contre un ennemi aussi puissant, on y met notre âme.

Canto Bight : le monde n’est pas manichéen

Ce passage est lourd de sens. C’est une mission qui se veut rapide pour sauver la Rébellion : trouver le décrypteur capable de désactiver le traqueur hyperspatial du Premier Ordre, schéma somme toute classique. Mais Canto Bight va plus loin.

Arriver sur cette planète permettra d’aborder sous un autre angle l’esclavage (déjà abordé dans les épisodes d’avant) ainsi que le poids de l’argent et des gens aux placards, face à la situation. Faire feu de tout bois pour s’enrichir. Le monde n’est pas manichéen, en opposition à la Force Jedi et Sith qui s’opposent depuis le début du récit.

Mais cela ne vaut pas que pour les riches. Les gens d’en bas peuvent être aussi fielleux. Et l’homme providence, qui ouvrira le sas pour aider la Rébellion, les vendra à leur tour pour une petite mallette de crédits. Et qui amènera à la destruction d’au moins la moitié des navettes de secours de la Rébellion. Mais qu’importe pour cet homme ? Il a eu ce qu’il voulait, le monde continuera de tourner…

Et j’aime beaucoup cette finalité dans cet arc. Il rend l’œuvre un peu plus mature et moins lisse. Au même titre que l’équipage du Faucon qui se fait avoir par l’ami de Han Solo sur sa planète.

LA FIN : ESPOIR ET RENOUVEAU

Je la trouve vraiment magnifique. On retrouve les enfants esclaves que nous avons rencontrés sur la planète casino, en train de raconter la légende de Luke. Puis un des enfants va dehors et prend le balai grâce à la Force, observant les étoiles avec le symbole de la Rébellion !

Quelle fin en vrai !

Le film apporte tout ce qu’il faut pour la suite : une Rébellion au fond du trou, Rey qui va sûrement former de nouvelles personnes… Des personnes pas de lignée Jedi, elle-même étant une nobody.

La naissance d’un ordre refondé sur des bases autres que ce que l’ancien était, puisque les dernières reliques ne sont plus. Refondé sur un échec pour grandir.

L’HUMOUR : ASSUMÉ ET CONTEXTUALISÉ

En ce qui concerne l’humour, j’adore la scène d’intro. Encore une fois, un Rebelle qui veut se payer la gueule de l’Empire avant une mission suicide, ça me paraît pas déconnant. Han Solo aurait très bien pu le faire à l’époque.

La deuxième scène où j’ai ri de bon cœur, c’est le coup dans la gueule que se prend Hux sur la planète Crait par Kylo. Celui-ci étant en train de craquer complet, il est de bon aloi de faire fermer sa gueule à ce petit roquet.

En dehors de ça, cela ne me dérange pas plus que ça. On va dire que Chewie qui hésite à manger les petites bêtes à la broche, à mon sens était de trop, mais enfant j’aurais adoré cette scène. Elle ne dérange pas plus que ça. Vendez vos peluches si vous voulez, ces bestioles on les aperçoit vraiment pas souvent.

CONCLUSION

Voilà pourquoi le 8 est mon préféré de la postlogie. Il pose les bases d’un renouveau radical : Luke devient symbole, Kylo se libère pour devenir le vrai antagoniste final, la Rébellion renaît de ses cendres, et Rey nobody porte l’espoir d’un nouvel ordre Jedi.

Tout était là pour un épisode 9 audacieux. On sait ce qu’il s’est passé à la place.

Mais ça, c’est une autre chronique.