Le film d’action de mon enfance: Commando.
Celui qui ne sera jamais détrôné, et pour mille raisons.
La première s’appelle Schwarzy. Colonel John Matrix, en forme olympique. Son tout premier plan : il déboule torse nu, un tronc d’arbre calé sur l’épaule comme on porte une bouteille d’un litre. Pour le gosse que j’étais, l’iconisation était totale. Il vit dans la forêt, fend ses bûches à la hache comme moi je coupe une baguette. Et on saisit aussitôt son hypervigilance : il repère sa fille qui approche en douce dans le reflet de la lame. Une vie paisible, en montagne, jusqu’à ce qu’un hélicoptère vienne tout casser.
Matrix refuse de reprendre du service. Puis les méchants attaquent. Il ouvre alors sa pièce secrète, s’arme jusqu’aux dents et dézingue à tout va. Sa fille est enlevée, et c’est parti pour la chasse à l’homme contre Bennett, ce salaud que la terre entière trouve à raison sosie d’un Freddie Mercury jeune en cotte de mailles. Un Taken avant l’heure : un père, un bulldozer, que rien n’arrêtera. Le monde n’était pas prêt pour ce qu’il venait de réveiller.
Et c’est du plaisir sans la moindre coupure. Tout est généreux, l’action comme les répliques. Ça explose dans tous les sens sans jamais être sanglant : dès la première scène, un type se fait faucher à la mitraillette, et pas une goutte de sang. L’arsenal, lui, monte crescendo jusqu’au bazooka. Du plaisir, donc. Pas coupable. Sincère.
Et des répliques de légende, surtout en VF, j’ai vu les deux versions depuis. Ma préférée arrive après une course-poursuite : Matrix balance Sully sur le bas-côté, va le cueillir, et le tient à bout de bras au-dessus du vide.
« Tu te souviens, Sully ? Je t’avais dit que je te tuerais en dernier. »
« C’est vrai, Matrix. C’est ce que t’as dit. »
« J’ai menti. »
Et hop, une chute digne de Vil Coyote. Un régal. Le duo qu’il forme ensuite avec Cindy ajoute du rythme et son lot de situations cocasses.
Je pourrais décortiquer chaque scène, expliquer pièce par pièce pourquoi c’est une pépite. Mais ce n’est pas le but. Le but, c’est juste de dire merci à ce film d’exister. Parce que techniquement, il est fait avec soin. On sent l’amour mis dans le projet : on n’est pas aussi affûté dans les répliques et le rythme sans aimer son métier.
C’est, et ça restera, mon film d’action préféré, tous temps confondus. Sa restauration 4K a été un vrai bonheur, et il trône fièrement dans ma filmothèque.
« Tu as laissé quelque chose pour nous ? »
« Rien que des morts. »
Du divertissement, du grand. Merci Schwarzy.