Je viens de voir ce film et il m’a profondément ému. Au point de réaliser, après coup, quelque chose de fascinant : la dualité de ses deux titres, l’anglais et le français, raconte parfaitement sa construction en deux moitiés distinctes.

Small Things Like These, le titre anglais, correspond à la première partie. Ces “petites choses”, ce sont tous ces détails, ces attentions, ces gestes qui touchent. Cillian Murphy y incarne Bill Furlong, vendeur de charbon, un homme sensible qui vit l’instant présent et pense aux autres. Ses employés, les enfants dans la rue, le monde autour de lui. Il réchauffe les cœurs dans un film poisseux, ancré dans le réel glacial de l’Irlande des années 80. Cette première moitié respire une humanité simple et belle, faite de regards, de silences, de présence. Elle m’a fait chaud au cœur.

Puis vient la seconde moitié. Et là, tout bascule. Tu ne mentiras point, le titre français, prend alors tout son sens. Les nonnes arrivent, le couvent entre en scène. Et c’est du non-dit, de la maltraitance, de la souffrance institutionnalisée. Bill ne peut pas y rester insensible. La découverte de cette jeune femme enceinte, enfermée dehors dans une remise à charbon pour y dormir alors que la neige approche, glace le sang. Mais pas autant que l’aplomb des sœurs, qui feignent l’ignorance et se drapent dans l’horreur de leur manipulation, de leur pouvoir, de leurs mensonges. Une des scènes finales au couvent, avec l’enveloppe… L’intensité est incroyable. Un déchirement mental qu’on vit avec Bill.

Le film traite des tristement célèbres blanchisseries de la Madeleine, ces laveries-prisons où l’Église catholique irlandaise enfermait les filles-mères, les réduisant au travail forcé sous couvert de “correction morale”. Un scandale qui a perduré jusqu’en 1996, et qui a marqué plus de cinquante mille femmes. Il y a une ironie terrible à voir Bill Furlong, vendeur de charbon, passer ses journées à réchauffer les foyers de sa ville, pour découvrir qu’on laisse des femmes mourir de froid à quelques mètres de là, dans le silence complice d’une communauté qui préfère détourner le regard.

Adapté du roman de Claire Keegan, déjà à l’origine de The Quiet Girl nommé aux Oscars, et porté à l’écran par un scénario d’Enda Walsh, le film doit beaucoup à Cillian Murphy, qui n’en est pas seulement l’acteur principal mais aussi le producteur. Il avait pitché le projet à Matt Damon sur le tournage d’Oppenheimer. Son jeu, ses regards, ses silences, une vraie présence bouleversante. C’est un film magnifique, autant sur le fond que sur la forme. Tim Mielants ne sensationnalise rien, il filme avec pudeur et gravité. Et c’est justement cette retenue qui rend tout encore plus insoutenable, encore plus puissant. Un film à voir absolument.