Bonsoir, il est 20h, voici votre Media Break.

Fait divers : un flic s’est fait démonter à coups de fusil à pompe dans un entrepôt de Détroit. Les rires des tireurs ont été salués pour leur bonne humeur.

Culture : un homme de 40 ans persiste à défendre un film d’action de 1987. Selon un collègue bien informé, le rôle serait tenu par Stallone. Ou Schwarzy. L’enquête se poursuit.

Quotidien : Détroit brûle. OCP a la solution. Détails après la pub.

Et maintenant, place à RoboCop, de Paul Verhoeven.

Vous nous donnez trois minutes, on vous rend le monde !

RoboCop de Paul Verhoeven

La première fois que j’ai vu ce film, je devais avoir à peine 10 ans.
Dans les années 90, il était le héros de toute une jeunesse.
Et personne n’y voyait quoi que ce soit à redire, ou très peu.
Aujourd’hui j’ai 40 ans, je viens de le revoir, et je pense que le film se serait pris un tollé sur son ultra-violence pas adaptée aux enfants.
Et on l’a bien vu avec le remake sorti en 2014.
Paul est tombé dans la fenêtre de l’époque idéale pour réaliser ce film, et merci à lui !

Et je ne peux m’empêcher de penser que ce film est un bijou qui garde sa pertinence, et son éclat au fil des années ne fait que se renforcer en voyant le monde actuel.
Souvent quand je dis que ce film fait partie de mes préférés, on me dit : faut grandir, c’est un film d’enfant un peu stupide.

Véridique, un collègue il y a une semaine m’a dit ça quand je disais que j’adorais le jeu Rogue City qui respecte l’univers.
Il pensait même que le rôle était tenu soit par Stallone, soit par Schwarzy.
Et là je me suis dit, l’image qui collait à la peau de ce film à l’époque a pas changé. Pire, les plus jeunes se basent sur les clichés des vieux qui ont pas vu le film.

RoboCop est un film totalement conscient de ce qu’il est.
Aujourd’hui on dirait que c’est un film meta.
Une satire de l’Amérique, de la consommation, des riches contre les pauvres.
Un vrai questionnement sur l’identité, les machines, aujourd’hui on pourrait y greffer l’IA.

J’y retrouve même un côté Shonen Nekketsu, avec RoboCop et son Nindo, ses directives, qui même si elles sont corrompues par le conglomérat qui l’a conçu, sont pour lui, en tant que Cyborg dont l’humanité n’a pas été éteinte, primordiales.

Et pourtant le monde de RoboCop n’a pas beaucoup d’humanité à faire valoir.
Et c’est ce qui rend ce combat, ce propos terriblement efficace.

Nous sommes à Détroit, un Détroit totalement dévasté par la criminalité, c’est un personnage à part entière.
L’architecture, la saleté, c’est rouillé, moite, tout part en décrépitude.
L’OCP, le conglomérat qui contrôle la ville, est un nid de vipères, personne à qui faire confiance. Trahison, opportunité, ambition sont les maîtres mots.
D’ailleurs, l’OCP, qui a mis au point RoboCop (sans son consentement bien entendu), lancera ED-209 (conçu avant notre protagoniste), impitoyablement féroce et destructeur, aux basques de RoboCop pour le tuer.

La télévision qui parsème le film est un reflet de cette non-humanité, on y vend un jeu de société basé sur la bombe nucléaire.
Une famille réunie joyeusement pour s’annihiler ensemble dans un champignon atomique. Magnifique.
La drogue coule à flots, les armes, l’Amérique poussée à son paroxysme.
Et cette ultra-violence, la fin d’Alex Murphy est sûrement un des meurtres les plus spectaculairement glaçants du cinéma.

Les rires des 5 hommes qui s’amusent littéralement à tuer Murphy, lui arrachant un bras à coup de fusil à pompe.
Je me souviens avoir été scotché par cette scène étant enfant, le personnage principal du film, qui en peu de temps est présenté comme ayant le sens du devoir, de la justice.
Un père de famille, un mari.
Se faire trouer le corps de cette façon, dans un lieu si glauque.
La victoire des ordures de ce monde est un coup de couteau dans le cœur de l’enfant que j’étais.
Et l’homme que je suis devenu ressent les choses de la même manière.

Dans cet océan de merde, reste une étincelle d’espoir aux côtés de Murphy, Lewis.
Son binôme, qui est loin d’être juste un sidekick d’apparat. Elle est là, le soutiensdans sa quête d’identité, et le protège du mieux qu’elle peut.

La quête d’identité, les souvenirs du passé qui tiraillent.
La fragilité ainsi que la force que ça engendre chez RoboCop sont, je trouve, fascinantes. Quand Murphy “fait tomber le masque” et se retrouve à nu, est un des moments poignants qui permettent à Peter une interprétation des plus touchantes.

J’aimerais vraiment souligner le travail sur la texture de ce film, sur l’ambiance tout du long, il est remarquable, et à part quelques effets qui font légèrement daté aujourd’hui, tout a un “charme”, un réalisme incroyable.

Ainsi qu’une bande-son tellement iconique et héroïque !

Ce film est à mes yeux une vraie masterclass, sous couvert de faire un film d’action “distrayant”, le fond est infusé intelligemment tout du long, et même si enfant j’en avais pas capté la quintessence, cette œuvre a été comprise a minima par le prisme du Nindo de RoboCop qui ne le lâchera jamais face à des gens sans valeur.

Prenez Commando, film d’action fun des années 80 que j’adore : c’est exactement le genre de truc que mon collègue a en tête quand il me dit de grandir.
Sauf que RoboCop joue à un autre étage.
Il ose, il met les pieds dans le plat, un film d’action profond comme on en fait plus de nos jours.

“J’en reprendrai bien pour 1 $.”