Un polar français noir et tendu, qui suit le destin parallèle de deux hommes mûrs, chacun à sa façon lié à un plus jeune. D’un côté Simon, représentant de commerce que le coma de son ami flic pousse à tout plaquer pour le venger. De l’autre Marx, truand vieillissant et aigri, et le jeune Johnny qui le suit comme un chien. Cette structure en miroir donne au récit une vraie densité émotionnelle, portée par une lente montée dramatique.
Les performances sont un point fort majeur. Jean Yanne est d’une justesse saisissante, mélange d’autorité fatiguée et de désillusion silencieuse. Mathieu Kassovitz incarne avec une authenticité touchante la naïveté et l’innocence, une lumière fragile dans cet univers sombre. Et Jean-Louis Trintignant, en escroc à bout de course, complète un trio magnétique.
La réalisation est sobre mais redoutablement efficace. Audiard, pour son tout premier film, sait déjà filmer les silences, les regards, les temps morts, tout ce qui en dit plus long que n’importe quel dialogue.
La scène qui m’a marqué : la première apparition de Kasso. En quelques secondes, sans un mot, le personnage est posé, marquant. J’ai adoré.
Un film dur, et élégant.