J’ai découvert ce film aujourd’hui, pas mal de temps après la sortie.
J’en avais entendu beaucoup de mal.
Ça me semblait étrange venant de Sam Esmail, un réalisateur que j’apprécie fortement.
Je viens donc de le voir.
Je suis allé sur Letterboxd voir quelques critiques.
Et j’ai vraiment pas l’impression d’avoir vu le même film que la majorité.Et le problème est dans l’attente je suppose.
À titre perso j’avais pas d’attente précise.Je me suis pas dit chouette un film catastrophe, c’est quoi les dingueries qui arrivent dans ce monde.
Non, je me suis dit, ça va être un film plus psychologique.
Un peu, si je peux me permettre, comme Walking Dead tiens !
Beaucoup l’ont regardé pour avoir une série de zombies et on a été déçu, parce qu’à la base c’est une série sur comment les gens réagissent dans ce monde, sur les liens, sur l’individu vs la foule.
Jamais on va t’expliquer le pourquoi de l’univers.
Et ça me va parfaitement.
Walking Dead t’as plusieurs saisons pour accepter de faire le deuil sur la question qui te titille et dont ce n’est pas le sujet de la série.
Un film, t’as assez peu de temps.
Donc je comprends les gens qui ont pas accepté ce tempo.
Commençons par le non-spoil et la technique.
Dans toutes les œuvres de Esmail, on reconnaît sa patte.
Sur celui-ci, elle est parfois plus discrète, mais ses cadrages iconiques font surface au bon moment, le moment cadrage haut torse avec le ciel qui écrase les persos en bas d’image. Ses idées de réal, le tour à 360 durant la montée d’escalier, dans la cabane pour donné de la légèreté.
Bref le taff est fait et bien.
Le silence, les temps lents, familier à mes yeux, étant un fan absolu de Mr Robot, et par exemple de l’épisode 5 de la saison 4… Zéro dialogue durant tout l’épisode ! Masterclass.
Bref ici, tout prend son temps, ou plutôt le temps est un personnage de l’histoire.
Car Amanda par exemple, le temps c’est pas son pote.
Elle juge à l’emporte-pièce, elle veut des actions et des réponses directes, idem pour Ruth, ça va s’envoyer fion sur fion.
Mais dans un monde déconnecté comme on le vit ici, tout prend du temps.Back to 80/90’, faut récupérer le journal ou parler à un voisin pour avoir des infos.
C’est pas instantané.
Le film devient lent, parce que le monde devient lent.Amanda d’ailleurs au début est speed, elle fait les valises vite fait, partie dans la journée.
Ils arrivent en vacances, la lenteur commence, puis le monde s’éteint, autre tempo encore.
Il faut donc laisser à ces temps morts connus d’autrefois prendre la place qui leur est due.
Et dans un contexte aussi compliqué on ne peut compter que sur nous, notre jugeote, et les infos à dispo.
En l’occurrence quasi plus rien.
Clay est désorienté sans son GPS.
Danny le survivaliste complotiste ultracrépidarianiste on le croit super informé, il te dira que c’est la “Corée qui attaque, ou la Chine c’est pareil”, en vrai il en sait rien et a zéro source.
Clichés et jugements hâtifs qui partent comme des poignards entre Amanda et Ruth.
Chaque personne va faire ressortir un trait de caractère principal dans ce monde.
G.H. aura une lecture plus froide et propre de ce qui se passe, ayant accès à des contacts haut placés, expliquant que même les plus riches n’ont pas de contrôle dans ce genre de situation, si ce n’est l’accès à une info plus correcte au bon moment pour se protéger et fuir.
Clay, c’est un peu le perso le plus facile auquel s’identifier je dirais, il a pas de mauvais fond, il accepte la situation du mieux qu’il peut, il fait avec ce qu’il se passe. Il fera des choix regrettables, il est pas parfait, il est “nous”.
D’ailleurs la direction des acteurs est top, Amanda et Ruth m’ont tellement agacé durant le film, genre vraiment… Bravo.
Les autres acteurs ne sont pas en reste, tu découvriras.
Il y a une dimension un peu mystique à la nature, qui m’a fait penser à du Shyamalan, compliment venant de moi.
Et une gestion de la frustration excellente.Parlons de la fin, qui je pense a composé l’essentiel des frustrations d’une partie du public, qui ne supporte pas qu’on ne lui donne pas les réponses attendues.
Qui attaque ? Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi comment ?
On s’en fout, et je trouve ça chouette parce que c’est tout simplement pas le propos. Comme je le disais pour Walking.
Et forcément si t’es venu pour ça tu seras déçu. C’est normal.
On est pas dans un film catastrophe à la 2012 ou autre truc du genre, sinon j’aurais décroché direct perso.
Le propos est dans la relation à l’autre, dans l’empathie, dans l’exercice de pensée sur ce que tu penses que tu ferais.
Qu’est-ce qui compte pour toi dans ce moment précis.
Et durant tout le film, au milieu de ce chaos et où tout le monde se chie plus ou moins dans les bottes.
On a la petite Rose, qui à elle toute seule détient le fusil de Tchekhov du film.
Elle n’a pas pu voir le tout dernier épisode de la série où elle s’est impliquée dès le début du film.
Il était “logique” que ce soit ce perso qui soit récompensé en fin de film à mes yeux.
Tout le monde s’en branle et lui dit que c’est pas grave.
Tout le long du film, littéralement.
Elle, mise de côté pour des problèmes de grands.
Mais elle ça la rend heureuse.
Et au milieu de la merde, je suis heureux qu’elle ait pu être heureuse quelques instants, jours, mois.
Elle a de quoi faire.
Les adultes, eux, continueront de s’écharper pendant ce temps.