LA SENTENCE EST TOMBÉE AVANT LE DÉBALLAGE
En 2015, la première Steam Machine avait fait un flop ; Valve a renoncé en 2018. Dix ans plus tard, le cube revient. Sous SteamOS, expédition le 29 juin, fenêtre de réservation refermée ce 25 juin à 19h pile. Façon liste d’attente, pour que la machine ne parte pas sur eBay au triple dès le premier matin.
Le hic, c’est le ticket. 1039 € l’entrée de gamme, jusqu’à 1428 € pour la version 2 To avec les deux manettes. Valve n’a jamais confirmé de tarif, mais visait dans les 750 à 850 € au départ. La pénurie mondiale de mémoire et de stockage a fait gonfler la note de 200 balles : les prix moyens ont plus que triplé en un an, parce que les data centers et l’IA raflent toute la RAM et la NAND de la planète. Valve ne s’en cache même pas : le prix reflète l’état de l’industrie et ce qu’ils ont réussi à sécuriser en composants pour les six mois à venir. Point.
Et là, l’internet a fait ce qu’il fait toujours. Il a sorti sa calculette. Verdict en quarante-huit heures : trop chère.
MONTE TA STIM MACHINE, QU’ILS DISENT
Dans la foulée, les articles ont fleuri, et LDLC a carrément sorti le sien : le PC Stim.
Même tarif que Valve, 1039 € monté (999,99 € en kit si tu visses toi-même), et sur le papier, ça tape plus fort. Un Ryzen 5 8400F, six cœurs Zen 4 pleins là où la Steam Machine mélange du Zen 4 et du Zen 4c. Surtout, une Radeon RX 9060 XT : du RDNA 4 contre du RDNA 3, 32 unités de calcul contre 28. Côté puissance brute, no match, LDLC gagne.
Et c’est vrai. La puissance est là. Voire au-dessus.
Sauf que regarde la boîte. Le PC Stim vit dans un Silverstone Sugo SG13 : 222 × 285 × 181 mm, soit près de 11,5 litres.
La Steam Machine, c’est 3,8 litres. Tu paies pareil, tu gagnes des watts, et tu écopes de trois fois le volume.
Sans OS en prime : à toi d’y coller SteamOS. Même si c’est simple.
Et encore, LDLC reste sage. La plupart des tutos « fais-toi ta Steam Machine » finissent en vraie tour : gros ventirad, carte graphique de trente centimètres, alimentation de 500 W qui ronronne dans le silence.
Tu n’as pas fait une Steam Machine moins chère. Tu as monté un PC. Un bon PC, sûrement. Mais un PC, dans une boîte qui a renoncé à être petite.
C’est-à-dire exactement la chose que la Steam Machine refusait d’être.
L’ESPRIT, C’ÉTAIT LA BOÎTE
Parce que l’esprit premier de ce truc, ça n’a jamais été le pic de watts. C’était la boîte.
156 millimètres de côté. 2,6 kilos. Un cube qui disparaît sous la télé, qui se tait, qui s’allume et qui marche. Une puce AMD semi-custom : du Zen 4, du RDNA 3, 28 unités de calcul, 16 Go de DDR5 doublés de 8 Go de GDDR6 dédiée, un NVMe rapide. Pas un monstre.
Le meilleur compromis tenable pour jouer à ses jeux dans un volume qui tient dans une main.
La miniaturisation n’était pas un bonus. C’était la contrainte de départ. Le cahier des charges. Tout le reste (la puissance, le prix, le silence) découlait de cette première décision : que ça soit petit.
Dès l’instant où tu sacrifies le format pour gratter trois FPS, tu n’as pas optimisé la Steam Machine. Tu as changé de machine. Tu réponds à une question que personne ne posait.
COMPARER À UNE TOUR, C’EST TRICHER
Le vrai problème, il est dans la comparaison.
La plupart des gens collent le prix de la Steam Machine face à un PC classique monté soi-même. Et forcément, la tour gagne sur le tableur.
Mais c’est tricher.
Une tour, c’est un autre objet. Un autre encombrement, un autre bruit, un autre rapport à ton salon. On ne compare pas une moto à une berline sous prétexte que les deux ont un moteur.
Le bon comparable, à la rigueur, c’est le NUC. La petite boîte. Le mini PC clé en main qui joue dans la même catégorie de format. C’est là, et seulement là, que la Steam Machine doit être jugée.
LE NUC, LUI, NE FAIT PAS DE CADEAU
Alors allons-y.
Les trois grandes marques de gros NUC (GMKtec, Minisforum, Beelink) ont toutes leur fer de lance dans ce format.
Même base : la fameuse puce Strix Halo, le Ryzen AI Max+ 395, son Radeon 8060S et ses 40 unités de calcul RDNA 3.5.
GMKtec EVO-X2 : autour de 2000 € en 64 Go, plus de 3000 € en 128 Go.
Minisforum MS-S1 MAX : 2719 € en 64 Go.
Beelink GTR9 Pro : au-delà de 4000 € en 128 Go.
Trois fers de lance, et un point commun savoureux : la RAM soudée, zéro upgrade possible. Plus un « hausse imminente » déjà affiché chez GMKtec, histoire que tu te dépêches.
La Steam Machine à un argument à opposer en face, on en parle plus bas.
Plus puissants que la Steam Machine ?
Oui, franchement.
On parle d’un cran de GPU au-dessus.
Et c’est précisément là que la blague se retourne : même en tapant plus fort, ils tapent bien plus cher. Du double pour le ticket d’entrée, jusqu’au quadruple sur les grosses configs. Et ils débarquent à poil : pas de SteamOS, une licence Windows à se payer ou un Linux à monter soi-même, pas de manette, pas d’expérience salon prête à l’emploi. Tu paies plus pour assembler toi-même ce que Valve te livre déjà fait.
Et en dessous ? Les mini PC moins chers existent, bien sûr. Sauf qu’un Ryzen 7 avec son iGPU 780M et ses 12 unités de calcul, sans la moindre VRAM dédiée, ne joue pas dans le même championnat. Pour jouer, ce n’est tout simplement pas comparable.
Résultat : à 1039 €, la Steam Machine se glisse dans un trou que personne ne vient combler.
Trop chère, vraiment ? Montre-moi le mini PC qui fait pareil pour moins.
Il n’existe pas encore.
CE QU’ON ACHÈTE VRAIMENT
Parce qu’à 1039 €, tu n’achètes pas un score 3DMark. Tu achètes une petite boîte silencieuse qui se branche à la télé et qui démarre direct dans tes jeux.
Tu achètes 8 Go de GDDR6 vraiment dédiée. Une rareté à ce format, là où les mini PC concurrents se contentent de mémoire partagée, et tant mieux pour la latence en jeu.
Tu achètes SteamOS, donc zéro taxe Windows.
Et il reste un atout que les rivales soudées n’ont pas : un slot SODIMM libre.
La pénurie a forcé Valve à ne monter qu’une seule barrette de 16 Go (les sticks de 8 Go étaient introuvables), donc la machine démarre en simple canal.
Mais le deuxième emplacement t’attend. Une barrette DDR5 SODIMM qui traîne d’un portable, en pleine disette ? Tu la glisses, tu passes en 32 Go double canal, et tu récupères au passage les perfs que la pénurie t’avait confisquées.
Oui, il faut ouvrir la boîte et passer sous le dissipateur, c’est plus qu’un swap de SSD. Mais pour qui monte ses PC, c’est une formalité.
Essaie seulement d’en faire autant sur un mini PC à la RAM soudée.
Le réflexe benchmark, c’est devenu une autorité comme une autre.
Le plus gros chiffre a raison, circulez.
Sauf que le plus gros chiffre n’a jamais éteint le bruit d’une alim de 500 W, ni fait disparaître une tour sous une télé.
La Steam Machine n’est pas trop chère. Elle répond juste à une question que les benchmarkeurs ont oublié de se poser : et si une bonne machine, c’était d’abord une machine qui se fait oublier ?
156 millimètres qui ne demandent rien à personne. C’est peut-être ça, le seul vrai luxe.
LE CLIENT IDÉAL, C’ÉTAIT MOI
Autant être franc : cette boîte, j’étais censé l’acheter.
Le Steam Deck m’avait déjà eu avec exactement cette approche.
Pas le plus puissant, full opti, satisfaisant.
La preuve par l’usage qu’une petite machine bien née suffit largement.
J’attendais la Steam Machine pour prolonger ça sur la télé, carte déjà en main. À 750 €, c’était direct, sans même réfléchir.
À 1039 €, même en pensant chaque mot de ce que je viens d’écrire, je passe mon tour.
Pas parce que le concept déraille. Parce que la pénurie a poussé le chiffre trop loin. Tant pis pour cette fois.
Si le prix retombe une fois la pénurie digérée, ou si une V2 post-pénurie pointe le bout de son nez, pourquoi pas. Je sais attendre.
Et une chose ne bougera pas : je ne monterai pas de grosse machine.
Pour ça, tu as le premier article de la section Machine :)