3ème film de ma découverte de l’univers de Mr Fritz Lang.

On m’a annoncé ce film comme un de ses films noirs les plus sombres. J’avais donc des attentes pleines de clichés de film noir, détective, meurtre etc… On en est à des années-lumière ! Et tant mieux, je m’explique :

Le film pourrait être perçu comme un début de comédie romantique, mais non, on commence l’histoire sur un repas entre collègues d’une banque, où le patron de celle-ci offre une montre pour les 25 ans de service d’un de ses caissiers. Il dira que jamais de sa vie il n’aurait pu se payer lui-même ce cadeau.
Un cinquantenaire, où on comprend assez vite par le langage corporel qu’il est un peu effacé, puis très vite vient sa parole après avoir vu de la fenêtre son patron partir avec une belle jeune femme en voiture.
Il explicite le fait qu’il n’a jamais connu l’amour, qu’on ne l’a jamais regardé avec les mêmes yeux que cette femme a regardé son patron.
Il accompagne son collègue sous la pluie pour l’abriter avec son parapluie jusqu’à son bus. On comprend que Chris est serviable, et potentiellement qu’il a aussi besoin de compagnie.

Puis sur la route, une fois seul, au loin, une jeune femme se prend des coups d’un homme, il accourt pour faire fuir le malfrat, un peu peureux, il se cache littéralement derrière ses bras après avoir tapé avec son arme de fortune (le parapluie) l’homme, qui a déjà pris la fuite. Et il court directement chercher un policier pour être en règle. C’est un début rempli de détails importants à noter sur son caractère.

S’ensuit le cœur du film, Après avoir raccompagné la jeune demoiselle en détresse, et avoir bu un cocktail au bar en bas de chez elle, le voici en émoi. Une femme le remercie, lui sourit, le regarde. Et le voilà qui s’enfonce dans un mensonge qui le dépassera très rapidement.

« Mens-toi à toi-même, tu verras où ça mène ! » Assassin - Le Témoin

Je trouve cette citation, d’une chanson de rap des années 90, très appropriée, car Chris va s’enfoncer dans son mensonge, en voulant bien paraître devant cette femme. Qui elle, de son côté, folle amoureuse de l’homme qui l’a frappée plus tôt dans l’histoire, va se retrouver sous son impulsion à escroquer ce pauvre homme qu’elle croit riche.

Au milieu de tout ça, on découvre que Chris est marié, par dépit, à une femme, veuve, qui ne pense qu’à son mari défunt, et qui l’humiliera. Le rabaissant dans son seul îlot de plaisir, LA PEINTURE. Il peint, comme il le dit lui-même, par plaisir, chaque toile il la vit comme une histoire d’amour. La mégère voudra lui jeter ses peintures.

À partir de là on s’enfoncera dans une situation d’injustice pour Chris, ce qui me mettra extrêmement mal à l’aise. Humilié par sa femme, pris pour un pigeon par la jeune femme pour qui il a le béguin, volé par celle-ci, exproprié de son art par elle et Johnny qui s’octroient les louanges et l’argent, s’enfonçant pécuniairement toujours plus loin.

Viendra le point de rupture. Chris ouvre les yeux, la rage au ventre, il passe à l’acte et tue la femme qu’il aimait. Et c’est Johnny qui sera jugé et exécuté à sa place, pour un meurtre qu’il n’a pas commis.

Et là, Lang fait un choix qui a fait scandale à l’époque, au point que le film sera censuré dans plusieurs États : Chris ne sera jamais puni. Pas par la justice, en tout cas. 
Pour les censeurs, c’était inacceptable : un meurtrier qui échappe à la chaise ou à la prison, tendraient à corrompre les mœurs ou à inciter au crime. 
Dans leur logique, la seule punition qui compte, c’est la légale.
Pas de menottes, pas de sanction, donc le crime paie, donc danger public.

Sauf qu’ils n’ont rien vu. Parce que Lang réserve à Chris pire que toutes les prisons du monde : la sienne, dans sa tête.

Il finira par vivre à la rue, avec ses remords et sa culpabilité. Le film terminant sur un plan de lui dormant en hiver sur un banc, réveillé par la police qui lui dit de ne pas rester là. Et les flics qui terminent en disant : ça fait 6 ans qu’il vient nous clamer que c’est lui qui a tué Kitty. Et la police refuse son témoignage.

Chris finira donc au fond du trou… Mental, pour le restant de sa vie.

Et là y a une chose de plus que je veux souligner. le fil rouge avec le questionnement de M le Maudit dont je parle dans le billet précédent.
Deux facettes d’un même questionnement. 
Une obsession comme moteur, comme beaucoup de réalisateurs, d’écrivains.
À l’image d’un forgeron qui façonne pièce après pièce, cherchant à chaque fois à coller au plus près de sa vision.
Une vision qui peut bouger, évoluer, mais qu’il tente sans cesse de réaliser du mieux possible.