LE POWER USER QUE J’ÉTAIS

De mes 8 ans à mes 39 ans, j’ai été un passionné d’informatique. Un power user, toujours à la recherche du mieux, de la puissance brute, qui ne voulait pas passer à côté de ce qu’un PC pouvait offrir. J’avais un usage intensif de ma machine, dessus une grande partie de mon temps hors travail, que ce soit pour jouer, retoucher mes photos ou écrire des projets.

J’en ai eu d’autant plus l’occasion que j’ai travaillé plus de six ans chez LDLC comme technicien. Avec les prix internes, la première année, j’ai claqué plus de 2000 euros. La course à la performance, je la connais de l’intérieur, je l’ai vécue à fond.

Et je n’étais pas un touriste sous Linux non plus. J’y avais fait des excursions à plusieurs moments de ma vie : Ubuntu, Linux Mint, et puis ma période où je chopais le wifi des voisins avec quelques petits programmes et une antenne qui captait loin, très loin. J’étais jeune, je cherchais à comprendre comment ça marchait, et j’étais fier de mon matériel. Dual boot, mono boot, j’avais de la bouteille. Mais à l’aube de mes 40 ans, je n’étais plus vraiment à jour sur les nouvelles distributions.

LE DÉCLIC STEAM DECK

J’ai fini par repenser mon utilisation de la machine. Je joue moins qu’avant, et les jeux qui me font kiffer aujourd’hui, c’est du rogue-lite. Dead Cells, Hades 1 et 2, et consorts. Je m’étais offert un Steam Deck OLED quelque temps plus tôt, et je me suis lancé un défi : tester, en mode bureau, des applications pour remplacer une à une tout ce que j’utilisais sur mon gros PC.

Alors j’ai débranché la bête de course, posé le Steam Deck sur le bureau, branché mes deux écrans, et j’ai tenté l’expérience plusieurs mois.

Je n’ai jamais relancé l’autre PC. J’avais trouvé tous les équivalents, et SteamOS me laissait jouer à ce que je voulais sans me battre. Une machine minuscule, peu puissante, mais optimisée jusqu’à l’os. Et le plus inattendu : je redécouvrais l’envie de bidouiller, de tester plein de choses, dans un système qui me renvoyait direct au gamin que j’étais devant son premier PC. J’avais downgradé le matériel, et ça avait upgradé mon plaisir.

La conséquence logique : j’ai vendu mon PC. Un Ryzen 7600X, une Radeon 7900 XTX, 64 Go de RAM, pour faire court. Un petit pincement au cœur sur le coup, mais aucun regret depuis.

WINDOWS 12, LA GOUTTE DE TROP

Il y a l’envie d’aller ailleurs, et il y a l’envie de fuir. Les deux ont joué.

Ce qui m’a poussé dehors, c’est la direction que prend Windows. L’arrivée du 12 ne me donne aucune envie : tout ce que Microsoft veut y fourrer, l’IA partout, les services qu’on ne t’a pas demandés, la part belle faite à tout sauf à toi. Une accumulation de trucs dont la majorité des gens ne veulent pas, mais qu’on t’imposera quand même.

Et c’est exactement là que ça coince pour moi. Je ne voulais plus subir un OS. Sous Windows, tu ne possèdes pas vraiment ta machine, tu loues une expérience qu’un autre décide à ta place, met à jour quand il veut, remplit de ce qu’il veut. Je voulais l’inverse : une machine que je comprends, que je règle, que je possède.

LE CAP IMMUABLE

C’est là que j’ai découvert les distributions atomiques et immuables, et que j’ai pris ma deuxième claque.

Le principe, dit simplement : le système est en lecture seule, verrouillé, séparé de tes applications, qui tournent isolées dans leur coin en flatpak. Tu ne peux pas casser ton OS par accident en bricolant. Une mise à jour se fait d’un bloc et, si elle déconne, tu reviens à l’état d’avant comme si de rien n’était. Et comme la base est la même pour tout le monde, elle est reproductible, prévisible, solide.

Pour le gestionnaire de parc que je suis devenu, c’est une révélation. Pour le bidouilleur, c’est la liberté de tout tester sans la peur de tout péter. Première pensée en réalisant ça : putain, Windows est à des années-lumière là-dessus. Pendant qu’on te vend du neuf qui rame, le libre, lui, a résolu le problème en rendant le système incassable.

J’ai donc franchi le cap pour de bon. En attendant la Steam Machine, plus puissante de base que le Steam Deck (qui me suffit pourtant largement), j’ai récupéré un PC portable et j’y ai installé Bazzite, une distribution immuable taillée pour le jeu. Cela fait plusieurs mois, et je ne regrette pas une seule seconde de m’être séparé de Windows.

“OUI MAIS ON NE JOUE PAS SOUS LINUX”

Je sais ce qu’un joueur va me répondre. C’était vrai. Ça ne l’est plus.

Ce qui ne tournait pas hier tourne aujourd’hui. J’ai fait tourner Cyberpunk 2077 sur un Steam Deck, un AAA lourd sur une machine de poche, et bien. Quant à la peur d’être prisonnier d’une seule boutique, elle ne tient plus non plus : j’ai installé les launcher GOG et Epic à côté de Steam. Sans ça, soyons clairs, je n’aurais pas basculé. Mes bibliothèques m’ont suivi, je n’ai rien laissé derrière.

CE QUE J’AI VRAIMENT GAGNÉ

Aujourd’hui j’attends la Steam Machine. Des articles vous diront que le matériel sera déjà dépassé, et le reste. Mais ils parlent en power users, comme je l’étais avant. Moi je sais désormais qu’une machine moins puissante, mais optimisée, me convient totalement. La puissance brute, je l’ai chassée pendant trente ans, et je m’aperçois que je n’en avais plus besoin.

Linux est définitivement adopté chez moi. Et ce n’est pas qu’une histoire de système d’exploitation. C’est la première étape dans la transformation de ma consommation informatique : moins, mais mieux. Possédé, pas subi.