Tout y était. Vraiment tout.

La photo est sublime, l’acting solide, le sound design ciselé. Le film de la Slovène Sonja Prosenc s’ouvre sur un ton étrange, presque mystérieux, qui te donne envie de gratter pour comprendre. Une voiture en feu sur le bas-côté, une famille de riches qui passe sans ralentir. Des interactions sociales bizarres, déréglées. J’étais hypé.

L’histoire : une famille de nouveaux riches slovènes vit dans une villa de verre ultra-moderne, isolée en pleine forêt. Une existence millimétrée, aseptisée, qui se fissure à l’arrivée de Julien, le fils qu’Aleksander a eu d’une autre vie. C’est du Teorema de Pasolini relu à la slovène : l’intrus qui débarque et fait remonter les failles, les non-dits, la pourriture sous le vernis du luxe. Sur le papier, du tout bon.

Trois actes. Les deux premiers tiennent la route. Un seul couac, mais révélateur : à un moment, les personnages s’arrêtent pour t’expliquer qu’à l’ère d’Internet, les rencontres « naturelles » sont devenues compliquées. Merci, j’avais saisi. Laisser le spectateur comprendre seul, c’était plus élégant. Un détail, mais un détail qui annonce la suite.

Parce qu’au troisième acte, j’ai lâché. Les vingt dernières minutes m’ont paru interminables. Le film se met à se prendre tellement au sérieux que le fond se dilue dans une longue branlette intellectuelle sur la forme. Ça s’étire, ça empile des scènes qui ne mènent nulle part, des incidents qui s’annoncent en grande pompe et retombent à plat. La satire qui se rêvait mordante devient, je n’ai pas d’autre mot, chiante.

Et c’est ça qui fait mal, parce que les ingrédients étaient tous là. La photo de Mitja Ličen, à tomber. Le décor qui transforme la villa de verre en cage dorée oppressante. La bande-son. Et des acteurs qui se donnent à fond, Marko Mandić en patriarche maniaque, Aliocha Schneider en intrus énigmatique. Tu prends tout ça, tu secoues, ça devrait faire un grand film.

Mais il y a une ironie cruelle là-dedans. Un film qui passe son temps à dénoncer le vernis, le luxe aseptisé, la façade lisse et creuse, finit par devenir exactement ça : une belle surface vide. La cage de verre n’enferme pas que la famille. Elle a fini par enfermer le film lui-même. Quand l’ambition artistique tourne à la prétention creuse, on perd son public. Moi, en tout cas, il m’a perdu.

Toutes ses qualités techniques sont réelles, indéniables. Et pourtant, à mes yeux, c’est un échec. Il n’est juste pas pour moi.