Tout ça pour ça.
Megalopolis
C’est le sentiment qui reste en quittant la salle, comme un arrière-goût. Le fond est là, les idées fusent, mais la forme te donne l’impression qu’on a voulu te chier dans le crâne avec application. Megalopolis déborde de symboles, de métaphores, de visions quasi messianiques. Parfois ça illumine. Souvent ça reste en travers de la gorge.
Quarante ans. Coppola a porté ce projet pendant quarante ans, l’a sorti du tiroir, abandonné, ressuscité, et a fini par le financer lui-même, cent vingt millions de dollars de sa propre poche. Le résultat s’est fait étriller à Cannes, ramasser aux Razzies, et bouder par le public. Sur le papier, le naufrage parfait.
À New Rome, comprends New York en toge, un architecte visionnaire nommé Cesar Catilina (Adam Driver) veut raser la cité corrompue pour bâtir une utopie avec un matériau miracle, le Megalon. Accessoirement, il sait arrêter le temps d’un claquement de doigts. Le maire le hait, la ville pourrit, l’Empire romain et l’Amérique se télescopent. Voilà pour l’ossature. Le reste part dans tous les sens à la fois.
Et pourtant. Impossible de cracher complètement sur un film qui tente et qui ose. Coppola prend des risques, explore, balance ses idées par-dessus bord, dans un paysage où la plupart des films sont calibrés au millimètre pour ne froisser personne. Adam Driver est l’un des piliers du truc : intense, nuancé, il donne de la chair là où la mise en scène patine. L’idée du Time Stop, figer le temps d’un mot, est séduisante sur le papier et réussie à l’image. Le souci, c’est qu’on plante la graine et qu’on ne la laisse jamais éclore. Comme presque tout, ici.
Difficile de ne pas hausser un sourcil en se disant que ce délire a mis quarante ans à mûrir pour finir aussi bancal. Ce n’est même pas de la déception, c’est un vertige étrange : l’ambition est colossale, mais la cohérence fuit par tous les trous en cours de route.
Alors, faut-il le voir ? Oui, quand même. Pas parce que c’est réussi, parce que ça stimule, même quand ça t’agresse. Dans un cinéma qui a peur de son ombre, un vieux fou qui se plante en visant la lune restera toujours plus intéressant que dix faiseurs qui réussissent à ne rien tenter du tout.