Je suis tombé dessus sans rien attendre, un soir où je me laissais porter par mon abonnement. À première vue, le visuel n’était pas ma came, un style graphique très marqué, presque déroutant. Et puis, en même pas dix minutes, j’étais dedans. Happé.

C’est un foisonnement permanent. La ville grouille, respire, change. Takaramachi est vivante, organique, bordélique, un monstre de béton et de rêves étouffés. En surface, tout paraît anodin dans le flot de la foule, mais derrière chaque recoin, des vies cherchent à éclore, à exister. La ville devient une fable, un labyrinthe, un miroir.

L’animation, à l’époque, je n’avais jamais rien vu de tel. Brute, libre, et pourtant pleine de finesse. Ça déborde de détails, de textures, d’âme.

Noir et Blanc. Deux gosses perdus dans un monde qui les dépasse. Un duo, un équilibre bancal, une métaphore évidente mais tellement bien amenée. J’ai plongé avec eux. Tantôt Noir, tantôt Blanc, surtout Noir à l’époque, je me retrouvais selon le moment dans la peau de l’un ou de l’autre.

Les thèmes sont connus, la dualité, l’abandon, la transformation des êtres comme de la ville. Mais ici, ils sont traités avec une justesse qui, ça se sent, tenait à cœur à l’auteur.

Les yakuzas sentent la poussière, fantômes d’un temps révolu. Le changement qui arrive est froid, déshumanisé, plein de vide, comme ce bordel qui fut jadis un tout autre lieu. Leur chef, désabusé, est d’une humanité désarmante. Des mots justes pour accompagner cette page qui se tourne. Mélancolique, avec une touche d’espoir.

Et puis cette partie onirique, suspendue hors du temps. Les visions douces et rayonnantes de Blanc, la terreur et la rage de Noir. Ce final, à l’époque, a posé le doigt exactement là où il fallait. Une des rares fois au cinéma, sinon la première de ma vie de jeune adulte, où j’ai pleuré. Pas de tristesse. Juste parce que ce film m’avait parlé, vraiment. J’en avais besoin et je ne le savais pas.

C’est pour ça qu’il ne m’a jamais quitté. Il est venu sans prévenir, et il est resté. Pas besoin de tout comprendre. Juste ressentir.

Des années plus tard, j’en ai eu une autre lecture. Mais je garderai toujours cette tendresse pour lui. Il n’est peut-être pas parfait. Et alors ? La belle affaire. À mes yeux, il l’est.